Chapitre 5 – Les Coups du Cœur – Chroniques d’une jeunesse en flammes

CHAPITRE V — Les promesses de lumière

« Certains amours ne durent qu’une saison, mais laissent derrière eux un parfum que le temps ne sait pas effacer. »

Il y a des rencontres qui ressemblent à des aurores.
Elles arrivent sans prévenir, effleurent tout ce qu’on est, et laissent derrière elles une trace qu’aucune nuit ne peut dissoudre.
Noa, c’était ça.
Un souffle de lumière, un rire entre deux silences, une évidence douce et brûlante à la fois.

J’avais l’impression, pour la première fois, d’être exactement là où je devais être.
Chaque regard, chaque mot, chaque geste me paraissait neuf, presque sacré.
Il ne s’agissait pas de séduire ni de plaire, mais de ressentir.

Et pourtant, même la plus belle lumière finit par se heurter à ses ombres.
L’amour, surtout quand il est jeune, ne sait pas encore qu’il peut blesser en voulant trop bien faire.
Il ne sait pas qu’en offrant son cœur trop grand, on peut parfois s’y perdre un peu.

Mais je n’ai jamais regretté cette histoire.
Parce que c’est en aimant Noa que j’ai compris ce que voulait dire vivre entièrement.

Le souffle du destin

Ce garçon, je l’avais remarqué depuis longtemps.

L’année précédente déjà, avec ma meilleure amie, on passait nos pauses à observer le terrain de sport depuis la fenêtre du gymnase.
Elles étaient nos petites séances de confidences et de fous rires.
On les voyait jouer au basket : deux garçons inséparables.
Elle avait un faible pour l’un, moi pour l’autre — Noa.
Mais à l’époque, on ne connaissait même pas leurs prénoms.
Trop timides, trop adolescentes pour oser approcher ceux qui faisaient battre nos cœurs.

Alors le destin s’en est chargé.
À la rentrée suivante, nous nous sommes retrouvés… dans la même classe.
Je me souviens encore du moment où je l’ai compris —
son nom lu à voix haute, un simple mot qui a fait vibrer tout en moi.
Dix jours plus tard, j’ai eu un coup de foudre.
Pas une attirance passagère.
Un vrai.
Un de ceux qui te retournent le ventre, te donnent chaud aux joues, et t’enlèvent le sommeil.

Un midi, j’étais assise sur le muret de la cour avec ma copine.
Le soleil d’automne tapait fort, presque aveuglant.

Et lui, il est passé devant moi.
Ses cheveux prenaient la lumière comme un halo.
Il a tourné la tête, m’a lancé un clin d’œil.
Un geste banal, un éclat de rire à moitié contenu… mais j’ai senti tout mon corps s’embraser.

Mon cœur battait trop fort.
Je me souviens avoir souri sans pouvoir m’en empêcher.
À cet instant précis, je me suis promis une chose :
je ferai tout pour me rapprocher de lui.

Les jours suivants, je traînais souvent près de lui, sous prétexte de discuter avec ses amis.
J’observais tout : la façon dont il tenait son crayon, son rire, ses gestes, le son de sa voix.
J’étais fascinée, obsédée.
Et chaque fois que nos regards se croisaient, j’avais l’impression qu’il pouvait entendre mes pensées.

Je ne sais plus comment j’ai eu son numéro.
Peut-être par son ami, ou par un heureux hasard.
Je me souviens simplement d’un trajet en bus, mon téléphone dans les mains, le cœur qui battait à s’en fendre.

J’avais l’impression d’avoir mon esprit embrumé dans un nuage tout doux. J’ai alors prit mon courage à deux mains et j’ai ouvert la conversation, j’ai tapé un cœur rouge.
Et j’ai appuyé sur “envoyer”.

Cette nuit-là, j’ai rêvé de lui.
Le banc était tiède sous mes jambes.
Le ciel avait cette teinte dorée qu’ont les fins d’après-midi d’automne.
Noa était là, à côté de moi, un peu penché en avant, les coudes sur les genoux.
Son regard se perdait dans le vide, mais sa main, elle, cherchait la mienne.
Quand nos doigts se sont touchés, j’ai senti un courant passer entre nous.
Aucune parole, juste un silence parfait, suspendu.
Puis il s’est tourné vers moi et m’a embrassée.
Un baiser simple, pur, presque irréel.
Je me suis réveillée avec ce goût dans le cœur : celui d’un amour encore à venir.

Quand je me suis réveillée, j’étais emplie d’une joie pure, brûlante, presque enfantine.
J’ai su alors que cette histoire allait changer quelque chose en moi.

L’éclat de l’amour

Fin octobre, pendant les vacances scolaires, j’ai osé lui proposer qu’on se voie.
On s’est donné rendez-vous à Strasbourg, un samedi à midi.
Je me souviens du stress qui me serrait la gorge, du froid sur mes doigts, du léger vent qui me décoiffait.
Il avait loupé son bus — les horaires avaient changé pour les vacances — alors j’ai attendu, assise sur un banc, les jambes croisées, le cœur au bord des lèvres.

Quand il est arrivé, son sourire a tout effacé.
On a marché jusqu’à Rivetoile,
pris un mojito au bar — erreur fatale pour moi, qui tenais l’alcool aussi bien qu’une plume dans le vent.

Mais ce léger vertige nous a rapprochés.
On riait, on parlait trop fort, on se frôlait les mains sans oser les tenir.
Son regard pétillait, le mien devait briller tout autant.

Puis on est allés au cinéma voir Le Hobbit.

La salle sentait le pop-corn chaud et le tissu usé.
Les lumières se sont éteintes, laissant flotter un murmure dans le noir.
Noa s’est assis à côté de moi, son épaule effleurant la mienne.
Pendant les bandes-annonces, il a ri doucement, sa main frôlant le siège entre nous.
Je me souviens du toucher de son pull, doux comme du cachemire,
et de son parfum — One Million, enivrant, reconnaissable entre mille.
À chaque éclat de lumière sur l’écran, son visage apparaissait comme une apparition.
Je ne suivais plus le film — je guettais juste ses sourires.
Et quand il s’est penché pour me dire quelque chose à l’oreille,
j’ai cru que mon cœur allait se fendre.

Nos respirations se mêlaient, et chaque mouvement semblait avoir du sens.

Quand le film s’est terminé, il m’a raccompagnée jusqu’à mon arrêt de bus.
Le moment du départ a été maladroit : un rire, un silence, une hésitation.
On ne savait pas si on devait se faire la bise ou s’embrasser.
Alors, timidement, on a choisi la bise.
Mais nos regards ont dit tout le reste.

Le lendemain, on s’est revus.
Je tremblais d’impatience, d’envie, de nervosité.
Et dans mon enthousiasme, j’ai voulu franchir le pas :
je l’ai embrassé.
Mais on s’est cognés les dents.
Un petit choc, un éclat de rire.
C’était ridicule, mais c’était parfait.
C’était nous.

Les semaines suivantes ont été magiques.
Je vivais pour le voir, pour le sentir rire près de moi,
pour glisser mes mains sous son pull doux,
pour sentir son cœur battre contre le mien.
J’étais amoureuse. Vraiment.
Et cette fois, j’avais l’impression d’être aimée en retour.

Un après-midi, je suis allée chez lui.
Il habitait à Blaesheim, un village calme, presque hors du temps.
J’avais menti à mes parents, prétextant une nuit chez mon amie strasbourgeoise.
L’excitation de ce secret me faisait trembler.

Chez lui, tout était simple : un canapé, un plaid, une lumière dorée filtrant par la fenêtre.
On a regardé son film préféré, Gattaca.
J’étais fascinée par la façon dont il me parlait, par sa manière de m’expliquer les scènes,
comme s’il m’ouvrait une porte vers son monde intérieur.
C’est ce soir-là qu’il m’a dit que j’étais sa première copine.
Il m’a posé la “question qui fâche” — combien j’en avais eu avant lui.
J’ai dit “un”.
Il a hoché la tête, un peu nerveux, un peu fier aussi.

Le matin s’est levé doucement, la lumière traversant les rideaux.
Je l’ai observé dormir, ses cils posés sur sa peau, sa respiration lente.
Tout semblait si paisible, si juste.
J’avais envie d’arrêter le temps, de rester dans ce cocon simple.
Je me suis levée sans bruit, ai attrapé mon téléphone pour regarder l’heure,
et j’ai aperçu mon reflet dans la vitre : des cheveux ébouriffés, des yeux qui brillaient.
J’ai eu peur que le bonheur s’envole.
Alors, dans un geste instinctif, j’ai pris sa main dans la mienne.
Comme pour lui dire sans mots :

“Reste encore un peu dans mon monde.”

Quelques jours plus tard, en cours d’EPS, une fille m’a lancé :

“Alors, t’es avec Noa, hein ?”
J’ai souri si fort que j’en avais mal aux joues.
Oui.
J’étais avec lui.
Et j’avais l’impression d’être exactement à ma place.

L’ombre du soleil

Décembre est arrivé avec ses lumières et son froid sec.
Nous avions passé une soirée magnifique dans le quartier de la Petite France, à Strasbourg.
Les vitrines luisaient, les guirlandes s’étiraient comme des constellations.
On s’est arrêtés boire un chocolat chaud dans un café, puis on a marché au marché de Noël, main dans la main.

L’air piquait les joues.
Des odeurs de vin chaud, de cannelle et de bois brûlé flottaient entre les chalets.
Les guirlandes s’étiraient au-dessus de nous, dessinant des halos dorés dans la nuit.
Noa tenait ma main dans sa poche, pour la réchauffer.
On riait, on parlait de tout et de rien.
Il s’est arrêté devant une vitrine et m’a regardée dans le reflet du verre.

“Tu as des yeux de flamme,” il a dit, doucement.
Et j’ai eu envie de lui répondre que c’était lui qui les avait allumés.
Mais j’ai juste souri.


Un inconnu nous a dit :

“Vous êtes beaux, tous les deux.”
Et je crois que je n’ai jamais autant souri de toute ma vie.

Pour Noël, on s’est offert de petits cadeaux :
je lui avais choisi une liqueur,
et lui m’a offert un bracelet AGATHA en argent.
Je le portais tout le temps, comme une promesse silencieuse.

Ce soir-là, je suis restée dormir chez lui.
On s’est câlinés longtemps, sans aller plus loin.
J’avais envie de lui, mais je voulais attendre.
Il m’a dit une phrase que je n’ai jamais oubliée :

“C’est bien, tu as des cuisses, pas comme ces filles toutes fines.”
Il voulait me rassurer.
Mais j’ai entendu autre chose.
Une comparaison, une imperfection.
Et sans m’en rendre compte, quelque chose s’est refermé en moi.
Un début de contrôle.
Un début d’absence d’appétit.

 

Les fêtes sont arrivées.
Je suis partie en Bretagne, à Ploudalmezeau, avec une amie.
Noa m’a appelée à minuit pile pour me souhaiter la bonne année.
Sa voix douce, ses mots simples — j’étais heureuse.
Mais plus tard, dans la soirée, un peu ivre, j’ai embrassé un autre garçon.
Une erreur.
Une faute que j’ai aussitôt regrettée.
Le lendemain, la culpabilité m’a consumée.

Je ne sais pas combien de temps je suis restée assise sur ce lit.
La lumière grise du matin filtrait à travers les volets.
J’avais mal à la tête, mais surtout, mal au cœur.
Je revoyais chaque geste, chaque mot, chaque erreur.
La maison dormait encore.
J’ai pris mon téléphone, l’ai posé sur mes genoux.
Mon doigt tremblait sur son prénom.
Je voulais lui dire la vérité.
Mais je n’ai rien écrit.
J’ai juste regardé la mer au loin,
et j’ai laissé la culpabilité s’installer comme une marée silencieuse

Quand je suis rentrée, je n’ai rien ne dit à personne.
Mais quelque chose entre nous s’était fissuré, même si lui ne le savait pas.

Les semaines ont passé, et un jour, je lui ai demandé s’il m’aimait vraiment.
Il a haussé les épaules.

“Je t’aime bien, tu es mignonne.”

Ces mots ont tout détruit.
Tout.

J’ai pleuré chaque jour pendant des semaines.
Je le voyais en classe, je souriais devant les autres,
mais chaque regard échangé me faisait mal.

Les couloirs sentaient le désinfectant et les vestes mouillées.
Je marchais lentement, les yeux rivés au sol.
Au détour d’un virage, je l’ai vu.
Noa.
Il parlait avec ses amis, un sourire léger, comme si rien ne s’était passé.
Nos regards se sont croisés une seconde.
Une seconde infinie.
Il n’a pas détourné les yeux,
mais dans les siens, il n’y avait plus cette chaleur.
Juste un calme indifférent.
J’ai continué à marcher, et j’ai senti quelque chose en moi se fissurer pour de bon.
Je n’en ai parlé à personne.

Le froid me brûlait les poumons.
Chaque pas résonnait sur le bitume, le vent s’accrochait à mes joues.
Je courais sans but précis, juste pour ne pas penser.
Mes jambes tremblaient, mon souffle se brisait, mais au fond, je me sentais vivante.
Dans ce corps fatigué, abîmé, il restait encore une flamme.
Pas celle de l’amour.
Celle de la survie.
J’ai juste couru.
Encore et encore.
Des kilomètres de fuite pour éviter d’y penser.

Je me suis mise au sport tous les jours.
J’ai réduit mes repas, jusqu’à oublier la faim.
Le matin, je buvais des tisanes auxquelles j’ajoutais un peu d’alcool —
pour “me donner du courage”.
Mes notes ont chuté.
Puis, par orgueil, je me suis relevée.
J’ai remonté ma moyenne plus haut que jamais,
comme pour prouver que j’existais encore.

Mais à l’intérieur, je n’étais plus la même.
Quelque chose en moi s’était éteint, et une autre flamme, plus froide, venait de naître : celle de la force.

Un matin, je me suis regardée dans le miroir.
Pas pour juger, mais pour me revoir.
Mes yeux étaient différents.
Plus doux. Plus lucides.
Je n’étais plus la fille qui attendait d’être aimée.
J’étais celle qui avait appris à s’aimer, un peu, même avec ses failles, même avec ses cicatrices.
Le bracelet en argent brillait encore à mon poignet.
Je l’ai effleuré du bout des doigts et j’ai murmuré :

“Merci, pour la lumière.”

« Après Noa, il y eut le silence. Et dans ce silence, j’ai appris à écouter ce que mon cœur murmurait depuis toujours. »

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