Chapitre 8 – Les Coups du Cœur – Chroniques d’une jeunesse en flammes

CHAPITRE VIII — Les lignes de feu

« Certains désirs ne brûlent pas pour aimer, mais pour nous rappeler que nous sommes encore vivants. »

Il y a des rencontres qui ne naissent pas du cœur,
mais d’un frisson, d’une tension, d’un regard trop long.
Des histoires qui ne cherchent pas à durer,
mais simplement à exister — intensément, brièvement,
comme une étincelle entre deux solitudes.

Raphaël, c’était ça.
Pas un amour, pas vraiment.
Mais un feu sous la peau,
un besoin d’éprouver à nouveau quelque chose de vrai,
même si ce n’était qu’un contact, un souffle, un vertige.

Je savais qu’il ne m’aimerait pas.
Et pourtant, j’ai voulu aller jusqu’au bout,
comme si ma volonté pouvait transformer le désir en tendresse.
Mais parfois, il faut vivre l’illusion
pour apprendre à ne plus la chercher.

La résidence

Quelques mois après la rentrée, je l’ai remarqué.
Raphaël, un deuxième année de BTS, toujours un air un peu détaché, une voix grave, un regard clair.
On vivait dans la même résidence étudiante, et je crois que c’est ça qui a rendu les choses inévitables.

Le matin, je le croisais dans les couloirs,
souvent une tasse de café à la main, l’air encore à moitié endormi.
Parfois, nos regards se croisaient plus longtemps que prévu.
Ces secondes suspendues suffisaient à allumer une étincelle en moi.

Je lui proposais souvent qu’on se voie après les cours, un café, un film, une balade — mais il annulait, ou remettait à plus tard.
Toujours avec un sourire désarmant, toujours avec cette politesse qui empêchait la colère.

Alors j’ai compris : il ne voulait pas de moi comme ça.
Mais le désir, lui, était là — palpable, silencieux.
Et moi, j’en étais obsédée.

Un soir, après un entraînement de basket,
je l’ai croisé en bas de la résidence.
J’étais encore en tenue de sport,
les joues rouges, le souffle court.
Il m’a regardée d’un air surpris, presque amusé.

— T’as l’air en forme.
— Et toi t’as l’air trop sûr de toi.

Il a souri.
Un sourire dangereux, celui qu’on devine avant de le craindre.

Ce soir-là, j’ai pris une décision insensée.
Si je ne pouvais pas l’avoir en amour,
alors je l’aurais dans un autre langage.

Je lui ai envoyé un message :

“Et si on arrêtait de tourner autour du pot ?
Juste toi et moi. Pas de promesses.”

Quelques secondes plus tard, sa réponse est tombée :

“Tu es sûre de toi ?”
“Je n’ai jamais été aussi sûre.”

Ce n’était pas de la provocation.
C’était une forme de liberté.

Les rendez-vous clandestins

Les soirs suivants, tout est devenu secret.
Je guettais le moment où le couloir de la résidence se vidait.
Il m’envoyait un message court :

“Viens.”

Et j’y allais.
Sans maquillage, sans justification.

Sa chambre était petite, encombrée de livres et de tasses vides.
Il mettait toujours la même lumière chaude, tamisée.
Parfois de la musique, basse, presque imperceptible.

Nos corps se retrouvaient avec urgence, sans tendresse mais sans violence non plus.
C’était brut, sincère, brûlant.
Il ne parlait presque pas, et moi, je me taisais aussi.
Nos silences faisaient tout le travail.

Je savais qu’il ne m’aimait pas.
Mais je sentais qu’il me désirait — et à ce moment-là, c’était suffisant.

Une nuit, après l’un de ces rendez-vous, je suis restée seule, allongée sur son lit.
Il dormait, la respiration calme.
Je fixais le plafond, le cœur battant trop fort.

Je n’étais pas triste.
Mais pas heureuse non plus.
Je me sentais… vivante, et vide à la fois.

J’ai tourné la tête vers lui.
Sa nuque, sa peau, l’ombre de ses cils.
Je me suis demandé s’il pensait à quelqu’un d’autre.
Et j’ai souri, doucement, en me disant que moi aussi.

Ce n’était pas de l’amour.
C’était une parenthèse.
Un feu que je savais condamné à s’éteindre.

 Le jeu et la chute

Avec le temps, il s’est éloigné.
Moins de messages, moins de regards,
jusqu’à ce que tout retombe, naturellement.

Je n’ai pas cherché à le retenir.
Je savais que ce n’était pas fait pour durer.
Mais je ne pouvais m’empêcher de repenser à lui,
à sa manière de me regarder comme si j’étais une évidence
et de partir comme si je n’avais jamais compté.

Pour combler le vide, je me suis remise au basket.
Un entraînement par semaine,
un souffle qui brûle, une peau qui transpire,
et ce sentiment familier de retrouver mon corps pour moi seule.

Sous les projecteurs du gymnase,
j’apprenais à nouveau à exister sans être désirée.
À me sentir forte, à m’appartenir.

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